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Brésil, ton foot fout le camp (chapitre 2 : les finances)

Le championnat brésilien ne remplit plus les stades.
Action Images
Les clubs sont endettés, étouffés par les créances, obligés de vendre leurs meilleurs joueurs pour continuer à vivre. Et le championnat national perd de son intérêt, son niveau. Il ne fait même plus rêver les enfants. Entretien au Botafogo, avec Danilo Santos, attaché de presse, et Caio Araujo, responsable marketing.

A RIO.

Comment se porte financièrement le football brésilien ?
Il faut séparer la situation de la Seleção et des clubs. La CBF (fédération brésilienne) est financièrement très rentable. Entre le marketing, le sponsoring, cela tourne autour de 300 à 400 millions de reais (100 à 130 millions d’euros). C’est une situation financière très confortable. Pour les clubs, le scénario est différent. Avec des problèmes de calendrier, de gestion… On joue beaucoup.
Dès qu’un championnat se finit, un autre démarre. Sans temps pour s’y préparer vraiment. Quand cela ne joue pas, il n’y a plus de rentrée de billetterie, moins de sponsoring. Il y a beaucoup de petits clubs aussi, qui ont du mal. La très grande majorité des clubs rencontrent des situations très compliquées.

Pourquoi ?
C’est historique. Le football a longtemps été considéré comme un outil de manœuvre politicienne, ou d’enrichissement personnel. Les clubs n’ont alors pas été vus, ni gérés, comme des entreprises. Dans les années 1980, 90, le principal objectif était de gagner sur le terrain. Sans tenir compte d’une bonne gestion. Quitte à s’endetter pour recruter. La seule chose qui comptait, c’était de faire plaisir au spectateur, donc de gagner des matchs.
Le mandat des présidents varie de trois à cinq ans, il n’y a donc pas de long terme. S’il part dans les trois ans, un président a tendance à se moquer des dettes créées. Il y a eu ensuite beaucoup de crédits pour faire face à l’endettement. Tout cela, c’est du court terme. Les déficits se sont accumulés. Au Brésil, il y a douze grands clubs (dont le Botafogo), les dettes de ces clubs varient entre cent et 700 millions de réais (34 et 230 millions d’euros).
C’est souvent plus important que le chiffre d’affaires des clubs. Les échéances ne sont plus payées, et comme elles ne sont plus payées, les taux d’intérêt augmentent. D’où un manque de cash flow (flux de trésorerie), de fond de roulement pour travailler, investir. Les clubs ont mis du temps avant de s’en rendre compte.

Et chez vous, au Botafogo… ?
Chez nous, c’est la même chose. Mais le plus important est d’arrêter tout ça, de changer le mode de gestion des clubs. Il le fallait vraiment. Il y a souvent une file de créanciers qui portent plainte. En général, il y a alors un blocage des rentrées d’argent. Quand on vend un joueur, par exemple, et cela nous est déjà arrivé, l’Etat nous bloque la rentrée d’argent pour payer nos créanciers.
L’Etat est devenu beaucoup plus sévère des dernières années. A l’heure actuelle, il y a un projet de loi, appelé Pro Forte, qui vise à responsabiliser les clubs sur le plan fiscal. L’ensemble des dirigeants de clubs sont d’accord. Il n’y aura alors plus de blocage de la part de l’Etat pour rembourser les dettes, c’est une question de survie.
En échange, il y aura obligation de rembourser avec des échéances moins dures et étalées. Chacun doit faire des efforts. C’est une loi qui a des contraintes, mais n’étouffe plus les clubs. Aujourd’hui, tu en arrives à payer avec de l’argent que tu n’as pas. A force tu dois donc vendre tes joueurs.

Quand et comment s’est faite la prise de conscience dont vous parlez ?
Souvent, et depuis longtemps, les clubs font un peu ce qu’ils veulent. Ils se gèrent eux-mêmes. Il faut un collectif de clubs pour faire grandir le football brésilien, régler ses problèmes ensemble. Cela peut se faire sous l’égide de la CBF.
Il y a eu prise de conscience en 1994. La Seleçao gagne la Coupe du monde et, un an après, de gros problèmes touchent les clubs. Le fossé s’est creusé entre les clubs sud-américains et européens. Ça nous a fait ouvrir les yeux. A partir de la fin des années 1980, au début des années 1990, les chaînes privées ont mis de l’argent pour les droits (de retransmission).
Cela a fait grimper les salaires des joueurs, mais en Europe ils ont accru plus fort encore. Et le Brésil n’a pas suivi. La loi Bosman a aussi beaucoup changé la donne des transferts. Avant, il y avait un grand championnat, celui d’Italie. Chaque équipe avait droit à trois étrangers, pas plus. Puis le centre de gravité a changé. Il n’est aujourd’hui plus possible pour un joueur brésilien de faire toute sa carrière dans le même club (comme Nilton Santos, fidèle de toujours au Botafogo).

De quoi vit économiquement le football brésilien ?
Nos budgets sont similaires à ce qu’il se passe en Europe. Il n’y a que les sommes qui varient. Les recettes viennent du marketing, du commercial, de tout ce qui est « jour du match », des droits télé. C’est donc quasiment la même chose. Le plus important provient des télévisions, et cela va de 50 à 60% de notre budget.
Chaque club négocie de manière individuelle, il y a juste un petit pourcentage qui va vers l’ensemble des clubs. Un bonus. Le rapport des rentrées d’argent, pour les droits télé, est trois à quatre fois plus élevé entre celui qui touche le plus et celui qui perçoit le moins. Le rapport est d’un à douze en Espagne.
Les droits télé restent donc la clef de vos budgets…
L’avantage, c’est que cela tombe tous les mois. Ici, au Botafogo, le stade est en travaux (Engenhão), les recettes en billetterie sont en baisse, le marketing en souffre, le sponsoring aussi. Les droits télé, eux, sont conclus sur trois ans et sont fixes.

Comment se portent les recettes de billetterie au Brésil ?
Beaucoup de gens disent qu’il y a moins de monde dans les stades, alors que les prix des places ont donc augmenté. Quand on regarde les années 1980, 90, les choses étaient différentes, le championnat différent : il y avait une finale, des demies, des quarts, donc beaucoup de public sur ces matchs-là.
Mais il n’y avait pas tant de monde sur les rencontres « normales ». Sur les autres, c’est vrai, avant il y avait plus de monde et c’était moins cher. Le prix, pour moi, c’est secondaire, voire même tertiaire. Ce qui compte, c’est le spectacle, c’est un problème de rapport qualité-prix. Or la qualité n’est plus forcément la même dans notre championnat, là est vraiment le problème.
Beaucoup de gens ne vont pas au stade pour un match du Brasileirão alors qu’ils ont dépensé cher pour se rendre à la Coupe du monde. On y va donc quand l’événement en vaut la peine.

Pourquoi ? Le championnat brésilien n’est-il pas un bon produit ?
Le jeu est plus lent que dans les championnats européens. Ce n’est pas le même niveau. Les gens voient bien que les joueurs de la Seleção n’y évoluent pas pour la plupart. Ils sont seulement quatre sur cette Coupe du monde (Jefferson, Fred, Jô, Victor).
On ne peut pas offrir le même spectacle. Et puis, il y a cette loi contre la vente de bière dans les stades. Et au Brésil, c’est culturel. Un exemple qui montre que le football n’est pas considéré comme un spectacle. Le football doit offrir un service de qualité, avec un bon produit, des stades plus confortables. Il faut en faire plus.

Avec la hausse des tarifs, y a-t-il le risque de se couper des couches sociales du bas ?
C’est trop tôt pour le dire, les prix ont augmenté depuis un ou deux ans, en moyenne. Chez nous, au Botafogo, on a un public national, avec des gens de tous les coins du pays, à Brasilia, beaucoup dans le Minas Gerais. Il est difficile de dégager un profil type du supporteur. L’exemple qu’on cherche à suivre est celui de l’Allemagne, avec 80.000 personnes par match à Dortmund. Et avec toutes les classes sociales. C’est ce que le Brésil doit faire, proposer un produit pour tous. Il faut un mixte, avec des places VIP et d’autres pour les personnes moins aisées.
La vente des joueurs est-elle vraiment devenue une obligation pour les clubs ?
La plupart du temps, c’est la solution pour rentrer dans le budget. C’est devenu nécessaire pour continuer à vivre. Parfois, sur un mois, la situation est difficile, alors il faut vendre. L’impact sur le championnat est néfaste. Pour compenser la vente d’un bon joueur, tu es obligé de prendre un jeune, âgé parfois de dix-sept ans. Il n’a alors pas fini sa formation et on brûle ainsi les étapes.

C’est le serpent qui se mord la queue : il faut vendre pour continuer et on y perd de l’argent parce que le spectacle régresse en conséquence…
C’est compliqué. Pour moi, la loi Pro Forte va permettre de soulager les clubs. Ce serait un remède à beaucoup de nos problèmes. On a vu avec la Coupe du monde que les gens étaient toujours prêts à venir voir le spectacle du foot. Il y a aussi du monde en Bundesliga. Ce sont des exemples à suivre.
Mais il y a des choses à faire pour les clubs. Un exemple : Chevrolet avait acheté le naming du championnat brésilien et la CBF a attendu la deuxième journée pour le faire apparaître sur son site (Internet). Le logo a changé de suite après. La CBF fait beaucoup pour la Seleçao, malgré la défaite, c’est toujours une affaire qui marche. Le maillot est l’un des plus vendus au monde. Elle gagne beaucoup d’argent. Mais la CBF ne fait pas grand-chose pour les clubs. Elle ne fait pas beaucoup de promotion.
La Fédération pense toujours à la Seleção, moins aux clubs. Le football national est mal géré : entre la fin des championnats d’Etat et le début du championnat national, il y a une semaine. Pas le temps de s’y préparer. Le football brésilien doit grandir, Globo (le média national, partenaire historique de la Fédération) se bat pour proposer un meilleur spectacle.

Le petit Brésilien rêve de la Ligue des champions, le petit Européen ne rêve pas du championnat brésilien. Est-ce un drame ?
Je me souviens d’un séminaire organisé par la Fifa. On avait demandé à trente enfants brésiliens de dire quels étaient leurs clubs préférés : ils ont tous répondu le Barça ou le Real (Madrid). Aucun n’a parlé d’une équipe nationale. Le Real, le Barça, tous deux proposent un bon produit, bien élaboré. La Ligue des champions sait se vendre, c’est du marketing bien fait. Les sponsors s’y retrouvent. Tout y est parfaitement organisé.
Avec la Copa Libertadores, c’est autre chose : au dernier tirage au sort, il a fallu expliquer le règlement et ça a duré trois heures ! Ce n’est même pas rentable pour les clubs, alors que la Ligue des champions rapporte de l’argent. Avec la Libertadores, il y a beaucoup de voyages, parfois on y évolue dans de la boue, on découvre des vestiaires sans eau chaude. A partir de la fin des années 1980, le championnat brésilien est devenu, pour nous, plus important à gagner.
On ne valorise pas cette Copa, alors qu’elle a une histoire. Rien que son nom… (il fait référence aux principaux leaders des guerres d’indépendance d’Amérique du Sud, entre Simon Bolivar à Pedro Ier). Le championnat brésilien a l’ambition de devenir le plus grand d’Amérique du Sud. On a l’ambition de prendre les meilleurs Argentins, les meilleurs Chiliens aussi…

Que faut-il faire pour changer les choses ?
Il y a beaucoup de problèmes. Chaque année qui passe, c’est toujours plus compliqué.  Il faut déjà répondre à la question de la dette, ceci afin de ne plus se focaliser sur le passé, mais se concentrer sur le futur. L’union des clubs est nécessaire parce qu’il n’y a pas de ligue forte. Si les vingt clubs se mettent ensemble, on peut faire quelque chose.
Après tout, quand tu regardes un match à la télévision, tu vois deux équipes, pas une seule. Il faut un championnat plus fort, donc un meilleur produit, comme en Angleterre et en Allemagne.

 
 

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