Le jour où les dieux ont lâché le Brésil

L’Uruguay, nation maudite du Brésil

Dès qu’il joue au foot, le rêve de tout Brésilien est de porter la tenue auriverde, celle qui orne les torses tout fiers des bienheureux de la Seleção. Si on pousse plus loin le songe éveillé, l’idéal est de marquer un but à la gloire de l’équipe nationale, et si possible en Coupe du monde, en finale… et dans le temple dédié aux dieux du ballon rond, à savoir le Maracanã, à Rio de Janeiro. Cette histoire parfaite, un seul être y a goûté, il s’agit de Friaça, demi international du São Paulo FC, à la 46e minute d’un match qui vira au cauchemar.

220.000 spectateurs, un record absolu

[photo=maracana.jpg id=285 align=right]Ces quatre-vingt-dix minutes auraient dû donner le coup d’envoi d’une fête à n’en plus finir, tout était prêt, les lampions étaient posés, les chanteurs de samba sur le pied de guerre. Une heure avant le début, les travées du stade étaient déjà occupées par 173.850 personnes, pas mal pour une enceinte aux 180.000 places. Un peu plus tard, ils seront 220.000 (record absolu) à s’entasser pour ce jour d’Histoire. « Des gens partout, les derniers arrivés accrochés aux moindres aspérités, dans les couloirs, les escaliers, ils sont sur un bateau qui va couler. »

Le journaliste français Alain Fontan raconte encore : « La gloire du Brésil allait rejaillir sur le continent sud-américain tout entier, de l’Amazonie à la cordillère des Andes. » A l’extérieur, onze décapotables attendent les héros, elles sont remplies de fleurs, jolies filles et demoiselles d’honneur primées à divers concours de beauté. Elles attendent leurs footballeurs avec cette Coupe du monde promise pour un tour de la ville accompagné d’un orchestre. Le speaker annonce la remise du trophée par le préfet de Rio, Angelo Mendes Moraes.

Quatre génies à leur sommet

L’hymne est joué par la fanfare des fusiliers marins, avec leur pantalon bleu, leur tunique rouge, leurs baudriers blancs et leurs casques coloniaux. Près de 10% de la population locale est au stade, elle n’attend qu’une chose, le sacre de Bigode et ses potes, pour la plus grande majesté de la nation brésilienne. En 1938, la Coupe du monde avait été gâchée par une bévue du sélectionneur national. Contre toute attente et surtout toute logique, il avait décidé de se priver de Leônidas, le diamant noir, le jour de la demi-finale (perdue) contre l’Italie.

Douze ans plus tard, une guerre mondiale plus loin, c’est le Brésil qui se trouve être l’hôte du Mondial. La chance est trop belle, immanquable pour un pays qui se voit déjà grand parmi les meilleurs. Le Maracanã vient d’être construit, son football est magique. Le Mexique est noyé (4-0), la Suède explose (7-1), l’Espagne craque (6-1). Zizinho et Ademir sont au sommet de leur carrière. Chico et Jaïr sont d’autres génies. C’est une suite de festivals. Dans les buts, Barbosa est un ange aux mains aimantées. Le capitaine Augusto se voit avec la Coupe.

Le coach suédois : « Aucune formation ne pourrait lui résister »

[photo=brasil1950.jpg id=285 align=right]La poule finale ressemble à un conte. Jusqu’à cette finale, tout se déroule comme dans un livre déjà écrit, et qui ne peut que bien se terminer. « Le Brésil est actuellement ce que l’on peut faire de mieux dans le monde, confie l’entraîneur suédois, Raynor, après sa cuisante défaite. Aucune formation ne pourrait lui résister si elle évoluait régulièrement comme elle l’a fait contre nous. » C’est carnaval à chaque match. Le Maracanã réussit au Brésil, il a d’ailleurs été monté pour cela. En cinq rencontres, le site n’a pas vu son équipe perdre.

Le seul nul, face à la Suisse (2-2), fut concédé ailleurs, au Pacaembu de São Paulo. Pour le sacre terminal, une seule autre parité suffit à Ademir, meilleur goleador du tournoi (8), et les autres. Dans ce mini-championnat, l’Uruguay a eu du mal contre la Suède (3-2) et surtout l’Espagne (2-2). Ce Brésil-Uruguay est le dernier rendez-vous au programme. A 1-0 et ce but de Friaça, la Seleção est en avance sur son plan de vol vers le paradis. A un partout et cette égalisation signée Schiaffino (66e’), elle est toujours championne du monde.

« Le but semble divin »

Elle l’est jusqu’à 16h33. Et puis, il y a ce but, à la 79e’. Un dribble de Ghiggia l’Uruguayen sur Bigode le Brésilien, un tir du gauche et le portier Barbosa plonge trop tard. « Ce but a été reçu dans un silence de tout le stade, raconte l’écrivain João Máximo. Mais sa force était si grande, son impact si violent que le but, un simple but, semble divin en deux phases distinctes, avant et après. » A la télévision, la caméra n’ose pas suivre le ballon. On voit l’ailier dribbler, tirer, les filets trembler mais on ne voit pas le but, juste Barbosa s’écrouler.

Cela pendait au nez d’un Brésil pris de torpeur. Ce n’est plus le Brasil conquérant des derniers jours. L’équipe n’est plus elle-même, elle semble coincée dans ces poignées de mains à la chaîne qui ont démarré la journée avec des politiciens avides d’assurer la réussite de leurs élections début octobre, à cet accident avec le bus à l’arrivée au stade. La Seleção joue petits bras, elle doit faire face à l’Uruguay et sa défense renforcée, de fer. Le débat se muscle, le Brésil craque. A la 28e’ Varela frappe Bigode, celui-ci ne répond pas. L’ascendant psychologique est pris.

« Les femmes priaient en silence »

Dans ce duel, l’Uruguay accepte l’occupation du terrain de son adversaire et procède par contres. Les actions les plus dangereuses sont de son côté. Perez (10e’) met en danger Barbosa, Miguez (38e’) trouve la barre transversale… Le but de Friaça aurait même pu être annulé, il avait pris appui sur Gambetta. Côté Seleção, on se fait surprendre par des hors-jeu, le collectif a perdu de son fluide magique, il est fébrile. Ademir est touché à la 61e’, Zizinho réclame un penalty mais n’obtient rien. La tension devient irrespirable.

« Les femmes s’étaient agenouillées sur les quelques mètres carrés que la foule, atterrée, leur laissait, et priaient en silence », raconte encore Alain Fontan. L’Uruguay paraît plus sûr, le Brésil lui réussit plutôt bien. La dernière fois qu’il a dépêché une sélection en Coupe du monde, en 1930 à la maison, il a gagné la coupe. Si l’on compte ses deux victoires aux Jeux olympiques, en 1924 (Paris) et 1928 (Amsterdam), cela lui fait déjà trois titres planétaires. Là-bas, d’ailleurs, on coud une étoile pour chacun de ses titres, Mondiaux et J.O. réunis.

« L’Uruguay, le sourire de l’Amérique du Sud »

[photo=barbosa.jpg id=285 align=right]Petit pays coincé entre deux géants, l’Argentine et le Brésil, ancienne province brésilienne avant son indépendance, sa Céleste – un nom prédestiné – a l’habitude de réussir des miracles. A l’époque, une publicité vante ses charmes touristiques par le slogan « le sourire de l’Amérique du Sud ». Il va faire pleurer tous les Brésiliens. Le but signé Ghiggia jette un silence de mort. « Seules trois personnes ont mis le Maracanã sous silence, raconte le buteur maudit. Il s’agit de Franck Sinatra, du pape Jean-Paul II et de moi. »

Chico et Jaïr tentent d’arracher le nul et donc le sacre, il est trop tard. A Montevideo, trois supporteurs meurent de surprise en écoutant la radio, à Rio de Janeiro, un homme, Joas Da Silva, âgé de 58 ans, s’écrie « Le Brésil est mort » avant de s’éteindre, terrassé par une crise cardiaque. A Montevideo, les salles de cinéma arrêtent les projections : « Attention, Cine Rio Branco a le plaisir de vous informer que les Uruguayens sont champions du monde. » Le public se lève et chante l’hymne national. L’Uruguay ne gagnera plus la Coupe du monde.

Zizinho : « Ils avaient plus de courage »

Les causes de cette défaite ont fait couler des rivières d’encre. Paulo Perdigão a écrit un livre intitulé « Anatomie d’une défaite ». Zizinho ne l’a pas lu, mais il a son explication. A ses yeux, la Seleção a perdu sur son système de jeu, l’ancêtre WM – on trace un W et un M et on a la position des joueurs sur le terrain – datant de Herbert Chapman et l’Arsenal des années 1920. « A cette Coupe du monde, c’était la première fois que je jouais ainsi. L’Espagne évoluait ainsi, la Suède et la Yougoslavie aussi. On les a battus.

« Mais l’Uruguay ne jouait pas le WM, il avait un joueur derrière en profondeur et un autre devant lui. C’était un système terrible. »
Il l’avait déjà connu, quand son propre père évoluait à São Gonçalo, près de Niterói. « Le WM c’était un tas d’ordure. C’est pourquoi on a perdu la Coupe du monde. Aujourd’hui je suis persuadé que l’Uruguay avait une équipe mieux équipée et mieux organisée que le Brésil, explique Zizinho. Même avec le désavantage d’être mené 0-1 et de ne pas pouvoir se contenter d’un nul, ils avaient plus de courage. »

Zizinho, star déchue

[photo=1950.jpg id=285 align=right]Il enchaîne : « La sélection uruguayenne était composée de beaucoup de joueurs du Penarol de 1949, une formation extraordinaire, poursuit Zizinho. C’était une machine à buts. Il n’y a jamais eu une équipe ayant inscrit autant de buts dans un championnat, une moyenne de 4,5 par match. C’était un groupe qui détruisait ses adversaires. Même le Santos de Pelé ne l’a pas fait. » Le Roi, d’ailleurs, a toujours dit que Zizinho était le meilleur joueur qu’il ait jamais vu. Cette terrible défaite a bloqué son destin de héros pour la nation.

Pelé est celui qui a offert trois Coupes du monde au Brésil, Zizinho est le symbole d’un Brésil qui pleure. « Mon club m’avait donné deux, trois semaines de vacances. Au quatrième jour je les ai appelés. Je ne pouvais plus supporter de rester à la maison. J’ai recommencé à jouer, il fallait que je passe outre. » D’autres ont plus souffert : « Barbosa (le gardien de but) est mort à cause de cela », confie Zizinho. « La presse a donné les raisons de notre défaite. Au top il y avait Barbosa. Toujours. Pas seulement lui, Bigode aussi. »

Les Noirs pour boucs émissaires

« Bigode a quitté Rio, il est venu dans le Minas (Gerais). Il a quitté le Minas aussi parce qu’on n’arrêtait pas de lui reparler de la Coupe du monde. Après il est allé à Espírito Santo. Juvenal est à Bahia, on ne l’a jamais revu. Chaque 16 juillet, je décroche mon téléphone. Sinon on m’appelle de tout le Brésil et on me demande pourquoi on a perdu. » S’il a gardé sa médaille du Mondial, il l’a cachée dans un coin de l’armoire à trophées. Barbosa, l’homme qui a pris le but fatal, Bigode, baladé par Ghiggia sur les deux buts, sont noirs.

Idem pour l’arrière gauche, Juvenal. C’est assez pour remettre en doute la mixité de la Seleção. Douze ans après Leônidas, star des terrains et des spots publicitaires, la querelle ne s’est pas refermée. Soudain le pays est plongé dans un sentiment d’infériorité nationale, une malédiction, comme si le peuple était destiné à perdre. L’équipe a perdu parce qu’elle manque de fibre morale et c’est dû aux Noirs. Ceux-ci n’auraient pas assez de caractère dans les grandes compétitions ! Le Brésil a alors peur de lui-même et de son métissage.

« Dieu était contre nous »

[photo=barbosa2.jpg id=285 align=right]Toute sa vie, Barbosa a personnifié cette tragédie, son ombre a longtemps hanté les gardiens brésiliens. Jusqu’à la Copa America 1999 et Dida, aucun Noir n’a gardé les cages de la Seleção. L’ancien de Vasco de Gama, lui, a vécu toutes les humiliations, comme en 1993, quand on lui refusa d’aller voir l’équipe nationale. « Au Brésil la sentence maximale est de trente ans. Mon emprisonnement a duré cinquante ans », confiait-il avant sa mort, dans la misère. La finale est un succès financier, une recette de quinze millions d’euros, une somme.

Chaque joueur touche 15.000 cruzeiros, environ 40.000 euros. La presse tire le voile noir : « Dieu était contre nous » titre l’un, « la défaite finale est une honte, un crime ». La Gazetta Esportiva va plus loin : « Sans aucun doute un destin supérieur a empêché le Brésil d’être champion. » Au Maracanã, les rares spectateurs encore présents applaudissent le tour d’honneur uruguayen. Dans la confusion, Jules Rimet, président de l’instance internationale, a du mal à trouver le capitaine de la Céleste pour lui remettre la coupe.

Une date qui marque l’Histoire du Brésil

Il raconte : « Je me trouvais dans la foule, bousculé de tous côtés, ne sachant que faire. Je finis tout de même pas apercevoir le capitaine uruguayen et je lui remis la coupe en lui serrant la main, comme en cachette, sans pouvoir lui dire un mot. » Perdre en finale, pour un pays organisateur n’est pas commun : ce n’est arrivé que deux fois, en Suède en 1958 (face au Brésil) et ce 16 juillet 1950 à Rio de Janeiro. Ce jour reste maudit dans toutes les mémoires, il marque à jamais l’Histoire du pays.

« De tous les exemples de crise nationale, la Coupe du monde 1950 est la plus magnifique et la plus glorifiée, écrit Paulo Perdigao. C’est un Waterloo des tropiques. La défaite a transformé un fait normal en un récit exceptionnel. C’est un mythe fabuleux qui a été préservé et a grandi dans l’imaginaire publique. » En Angleterre, en France, le siècle dernier se caractérise par ses guerres mondiales, en 1914 et 1939, au Brésil l’année 1950 démarre une chronologie. Le pays est le seul à avoir participé à toutes les Coupes du monde.

« Toujours le but le plus célèbre »

Tous les quatre ans, il s’écrit une nouvelle page de son Histoire. Et sa chronique contemporaine démarre ainsi par une défaite et une humiliation. A Montevideo, les jeunes ont oublié ce match, ils n’en parlent pas, au Brésil cela reste une obsession. En 1970, quand Pelé et ses copains sortent l’Uruguay, en demi-finale (3-1), l’ambassadeur uruguayen à Brasília est appelé au téléphone et entend des obscénités. Un besoin de se lâcher… « C’est toujours le but le plus célèbre de l’histoire du football brésilien, écrit l’écrivain Carlos Heitor Cony.

« Un moment historique dans la vie de la nation. Cette deuxième place, c’est comme une fêlure, une défaite impensable. Les survivants de cet après-midi cruel ont cru qu’ils ne pourraient jamais plus être capables d’être heureux. Ce qui est arrivé est un monument collectif comme la tombe du Soldat inconnu. Ce sont des choses qui construisent les nations, un peuple trempé dans sa propre peine. » João Luiz, fameux journaliste, a ce récit en poche : « Pour moi, la défaite de 1950 fut une tragédie. »

La folle rumeur sur Ghiggia

[photo=ghiggia.jpg id=285 align=right]« Je pensais que j’étais la seule personne à l’avoir vécue. J’ai gardé ce poids pendant des années. C’était enfantin. Chacun a dit que quelque chose allait arriver, ce n’est jamais arrivé et personne n’a expliqué pourquoi. Ce n’est que quelques années plus tard que j’ai découvert que d’autres gens dans le stade ont eu les mêmes sentiments que moi. » « Quand l’English (l’arbitre, M.Reader) a sifflé la fin, personne n’a bougé, raconte un autre témoin. On est resté là, comme des statues, à attendre qu’on nous dise qu’il y avait erreur.»

Elle fut d’ailleurs imaginée par la rumeur. Des journaux affirment que Ghiggia, le buteur fatal, est né à Buenos Aires, qu’il est donc argentin et pas apte à porter la couleur céleste. Dare-dare, l’ambassade d’Uruguay vérifie et se dépêcher d’apporter la preuve contraire : le dribbleur fou, qui a planté la Seleção d’un tir du gauche, naquit dans la banlieue de Montevideo. « Personne n’a brûlé les journaux, comme on le fait de coutume. Mais le public a eu l’air de réaliser d’un coup », poursuit le témoin.

« Puis on est revenu s’asseoir au Maracanã »

« Il y a eu une terrible bousculade, tout le monde s’est précipité vers les sorties, et a dévalé les pentes d’accès. Des furies ! A l’extérieur, il y en a qui ont craché sur les bagnoles remplies de fleurs et pépées, qui attendaient nos joueurs. Ah ! Ils étaient beaux ceux-là… Nous qui leur avions fait confiance… Plus loin, dans le soir, il y en a même un qui en a tué un autre, pour rien, comme ça, tellement il était malheureux. La fatigue, les nerfs qui lâchent… Allez donc le condamner, vous, faites-le passer au tribunal, si vous vous en sentez le courage.

« Faut-il aimer le football comme nous, pour comprendre ça, faut souffrir et communier avec les équipes, et vibrer pour les belles actions, et les une-deux, pour admettre ces réactions. Car nous ne sommes pas méchants, allez !… Puis le football a continué. On est revenu s’asseoir au Maracanã.»
Ce n’est pas si simple. La Seleção ne remet les pieds dans ce stade qu’en 1954, le 14 mars, contre le Chili (1-0). Entre-temps, elle doit changer ses couleurs. En 1950, le Brésil s’habille encore avec un maillot blanc et un col bleu.

Et le Brésil change ses couleurs

Impossible, désormais, de porter une telle tenue. Le Correio da Manha, journal de Rio, juge que le blanc « souffre d’un manque de symbolisme moral et psychologique ». Avec le soutien de la fédération brésilienne, le quotidien lance un concours national pour dégoter de nouveaux coloris. Avec 1954 et son Mondial suisse, la Seleção a besoin de couleurs gagnantes. Aldyr Garcia Schlee est choisi. C’est un jeune illustrateur de 19 ans travaillant pour le canard de Pelotas, situé à 150 bornes de l’Uruguay.

« J’étais scandalisé qu’on me demande d’utiliser les quatre couleurs du drapeau – vert, jaune, bleu, blanc. Jusqu’à trois c’est bon, quatre c’est difficile. Aucune équipe n’en prend quatre. Et elles ne vont pas bien ensemble. Comment peut-on mettre du jaune et du blanc sur un maillot ? » Alors… ? « Le blanc et le bleu vont ensemble. C’était pour le short. Quelles couleurs restaient-ils ? Le jaune et le vert, qui sont les plus employées pour représenter le pays. Quand on noue un ruban dans les cheveux, il est jaune et vert. Alors allons-y… »

« On le ressent chaque jour dans nos cœurs »

« J’ai fait cent dessins, mis des ceintures en X, en V comme Vélez Sarsfield. J’en suis arrivé à la conclusion que le maillot devait juste être jaune. Avec du vert c’était incohérent. Le jaune va avec le bleu, les chaussettes pouvaient être blanches. » La Seleção s’habille donc avec un haut jaune, un col et des poignets verts, un short bleu – du cobalt, pas celui du drapeau – avec une bande verticale blanche, des chaussettes avec détails jaunes et verts. On a échappé au maillot vert, short blanc et chaussettes jaunes… deuxième prix du concours.

Alcides Ghiggia est un jour retourné au Brésil, sur invitation, en l’an 2000. A l’aéroport, on lui demande son passeport. « La fille avait 23 ou 24 ans. Elle a regardé fixement mes papiers. Je lui ai demandé s’il y avait un problème. Elle voulait savoir si j’étais « le » Ghiggia. « C‘est moi », ai-je dis, surpris. La fille était très jeune. « Mais 1950 c’est loin. » Elle a mis sa main sur sa poitrine et m’a dit : « Au Brésil on le ressent chaque jour dans nos cœurs. » Quand j’ai marqué, en face cela a détruit leur confiance, ils ne pouvaient pas réagir.

« Le problème, dans cette Coupe du monde, c’étaient les équipes européennes. Il n’y avait pas de télévision, on ne savait pas comment elles jouaient. En Amérique du Sud, on les connaissait toutes. Deux mois avant le Mondial, on avait joué trois fois contre le Brésil, gagnant 4-3, perdant 1-2 et 0-1. Il n’y avait pas de grande différence entre nous. Juvenal et Bigode n’avaient aucune chance de m’attraper, j’étais trop rapide. Barbosa n’a pas commis d’erreur, j’ai fait la chose logique… j’ai commis l’illogique et j’ai eu un peu de chance. »

La fiche du match : Uruguay bat Brésil 2-1 (0-0).

A Rio de Janeiro (Maracanã, 173.850 spectateurs officiels, 220.000 officieusement) le 16 juillet 1950.

Arbitre : M.Reader (Angleterre).

Les buts: Friaça (46e’) pour le Brésil ; Schiaffino (66e’), Ghiggia (79e’) pour l’Uruguay.

Brésil: Barbosa (Vasco de Gama) ; Augusto (Vasco, capitaine), Juvenal (Flamengo), Bauer (Sao Paulo FC), Danilo (Vasco), Bigode (Flamengo), Friaça (Sao Paulo FC), Zizinho (Bangu), Ademir (Vasco), Jaïr (Palmeiras), Chico (Vasco). Sélectionneur : Flávio Costa.

Uruguay: Maspoli ; Gonzales, M.Tejera, Gambetta, Varela (capitaine), Andrade, Ghiggia, Perez, Miguez, Schiaffino, Moran. Sélectionneur : Lopez.