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Brésil, ton foot fout le camp (chapitre 4 : entretien avec René Simões)

Fred était trop esseulé sur le front de l'attaque brésilienne
Mowa Press

« Nos adversaires ont évolué »

Les problèmes tactiques, la planification, l’évolution du jeu brésilien, la crise de son football… René Simões évoque tout ici. Entraîneur de dizaines de clubs, sélectionneur un peu partout, ce Carioca de toujours (61 ans) a pris du recul mais se porte candidat pour le poste de directeur sportif d’une Seleção en reconstruction


A RIO.
Bourlingueur (Jamaïque, Trinidad-et-Tobago, Costa-Rica, Irak, Portugal…), René Simões est resté fidèle à sa ville, Rio de Janeiro. Quelques minutes avant de partager un churrasco familial, il nous a invités chez lui, à Barra de Tijuca, dans une demeure qui reflète ses voyages, pour évoquer la crise que traverse le football brésilien.

Qu’avez-vous pensé de cette Coupe du monde, sur un plan général ?

Elle a apporté beaucoup de joie en général. Il y a un problème sérieux au Brésil, qui est culturel, c’est qu’on fait en six mois ce qui doit être fait en trois. Au Japon c’est le contraire. Planifier, c’est très simple, mais l’exécution est toujours plus compliquée. C’est une fierté d’avoir accueilli une Coupe du monde au Brésil.
Pour l’économie, le tourisme. En France, vous avez 60 millions de touristes par an, nous, au Brésil, cela varie entre dix et quinze. Le jour où l’on atteindra les cent, on n’aura plus de problèmes économiques. Cette compétition doit nous aider à le développer.

Et ce score record de 1-7, contre l’Allemagne, qu’en pensez-vous ?
Je pensais que le Brésil allait gagner 3-1. A l’entraînement, j’ai vu la Seleção se préparer avec un milieu renforcé à trois, pour mieux équilibrer les montées des latéraux. Un Paulinho était plus proche de Fred devant, l’ensemble était plus compact. J’ai confiance, Luiz Gustavo pouvait se montrer plus offensif. Hulk était positionné à droite, Oscar à gauche. C’était un vrai 4-2-3-1.
Puis Solari a changé, a mis Hulk à gauche, Oscar à droite, il a reculé Luiz Gustavo, Fred s’est retrouvé esseulé. Il y avait trop d’espaces. Un schéma qui nous a fait souffrir face au Chili, en première mi-temps contre la Croatie, le Cameroun. Contre une Allemagne compacte, cela ne pouvait pas fonctionner. Le gardien s’est retrouvé seul face à des Allemands qui attaquaient en masse.
Avant chaque rencontre, avec toutes les équipes que j’ai entraînées, j’ai toujours comparé ma formation avec l’adversaire, poste par poste. Entre le Brésil et l’Allemagne, sept Allemands étaient supérieurs aux Brésiliens. Quand tu remarques que tu n’es pas supérieur à l’autre, il faut se protéger. Ce qu’ont fait l’Algérie (1-2 après prolongations) et la France (0-1). Il aurait fallu faire pareil, mais on n’a pas voulu reconnaître qu’en face c’était plus fort que nous.
On a beaucoup trop ouvert et on s’est retrouvé bien souvent avec quatre joueurs offensifs complètement seuls. Quand j’ai vu la composition, je savais qu’on pouvait commencer à prier. Tactiquement il était trop compliqué de résister à des Allemands qui attaquent en bloc. Je n’ai pas autant souffert que face au Chili, je voulais juste que ça s’arrête. C’était un match de vétérans, les Allemands étaient concentrés et, après 5-0, ils ont mis le pied sur le frein.

Pourquoi Luiz Felipe Scolari n’a pas vu cela… ?
Ça peut arriver. En Coupe du monde, et j’ai vu ça dans beaucoup d’équipes, t’es coupé du monde, tu n’as pas une vision extérieure. Tu ne vois pas ce qu’il se passe autour. Quand on y est, il faut toujours soigner à avoir des avis extérieurs.

Que pensez-vous du choix des joueurs ?
 A un ou deux près, j’aurais pris les mêmes. Le grand problème, c’est surtout la planification. On ne prépare pas une sélection pour le seul tournoi à venir. L’équipe de 2010 a été montée seulement pour le Mondial 2010 et absolument pas pour 2014.
Alors qu’il faut un dosage intelligent entre ceux qu’on prend pour la compétition, ceux qui seront là pour observer mais ne vont pas forcément jouer, plus ceux qui vont jouer et en même temps préparer l’exercice suivant. Cela n’a pas été fait. En Afrique du Sud, il aurait fallu prendre Neymar et Ganso. Lucas aussi. Même s’ils ne jouent pas, ils gagnent en expérience.

Vous auriez retenu Fred ?
Si tu cherches un avant-centre brésilien aujourd’hui, c’est compliqué. Il y a Alan Kardec, Luis Fabiano, Adriano... Diego Costa aurait été bon avec le Brésil. On en revient au problème de la préparation de la Seleção pour le Mondial. Ce qu’il manque à l’équipe nationale, c’est un directeur technique. Il y a toujours eu un coordinateur technique, sorte d’assistant à l’entraîneur.
Mais ce n’est pas la même chose, il faut quelqu’un pour planifier, travailler sur toutes les compétitions, avec un même schéma tactique dans chaque sélection nationale. L’entraîneur, lui, est là pour gagner la Coupe du monde, il survit s’il la gagne, s’en va s’il ne la gagne pas. Cela ne permet pas de mettre en place un projet sur le long terme. On ne voit surtout que la partie émergée de l’iceberg, mais cette Coupe du monde, on a eu sept ans pour la préparer et, à la fin, on se prend 5-0 en une mi-temps (contre l’Allemagne, en demie).
Avant, le Brésil avait une technique et une intelligence créatrice supérieures au monde entier. Mais depuis, le « monde entier » a trouvé des solutions pour nous contrer. J’ai en mémoire la vidéo de Garrincha en 1962 contre la Tchécoslovaquie (3-1 en finale). Il est face à trois défenseurs placés en ligne. Il les feinte une fois, ils suivent en bloc. Il revient, puis repart et ils sont débordés. Depuis, les défenseurs sont à trois, mais en décalé.
Nos adversaires ont su évoluer. On ne peut plus les déjouer individuellement, mais collectivement. Il faut savoir être plus compétitif dans notre collectif, évoluer plus en bloc.

Etes-vous candidat pour reprendre la Seleçao ?
Non. Je n’entraîne plus depuis deux ans. Par contre, le poste de directeur technique me conviendrait. Avec le Sao Paulo FC, j’ai déjà occupé ce poste. J’avais ainsi monté une structure pour la formation des entraîneurs. Et on en manque au Brésil. Il en faut plus pour enseigner à nos joueurs.
Je souffre quand je vois la Seleção perdre, mais il faut s’en servir pour apprendre. Après, il y a un problème : quand les joueurs qui évoluent à l’étranger retournent au pays, avec l’équipe nationale ou non, ils ont tendance à oublier ce qu’ils ont appris entretemps et à jouer à nouveau comme ils le faisaient avant de partir. A cette Coupe du monde, on a vu le Brésil user de ces longs ballons qu’on voit trop souvent dans notre championnat. C’est un problème du football brésilien aujourd’hui.

Quel est le secret du beau jeu brésilien ?
La possession du ballon. Mais c’est comme une corrida : on rentre dans l’arène pour tuer le taureau, mais on ne prend pas le révolver pour lui tirer dessus. Il faut le toréer avant. C’est pareil avec le football brésilien, qui a toujours cherché à bien jouer avant de gagner et marquer un but. Mais aujourd’hui, on a plus affaire à des tueurs, qui viennent avec le révolver dans l’arène et vite marquer.
Je me souviens des -10 ans à Sao Paulo, ils produisaient un jeu magnifique, comme celui du Barça, technique. Puis, dès les -15 ans, il n’y avait plus la même qualité de jeu. Ils arrivaient seulement pour gagner. Le football est un équilibre tactique, tu dois créer.
Cette défaite n’est-elle pas la résultante d’une crise profonde du football brésilien ?
Aucun doute. Il faut déjà qu’on arrête avec cette histoire, comme quoi on est le meilleur football au monde. Si l’on veut le redevenir, il faut partir en reconquête. En 2004, l’Allemagne rate son Championnat d’Europe (12e) et elle décide de changer, d’ajouter une touche technique à ses qualités premières que sont le physique et le mental.
Aujourd’hui, dans l’équipe tu as des Götze, des Kroos… Ils ont su réformer leur jeu sans perdre leurs points forts. On doit suivre la même démarche. Si Fred n’est pas bon, alors trouvons une autre solution.
On voit beaucoup de bons jeunes partir tôt en Europe et beaucoup s’y perdent. N’est-ce pas un gâchis pour le football brésilien tout entier ?
Je suis d’accord. On les forme sur un style de jeu, et quand ils partent trop tôt, avant même d’avoir terminé leur formation, ils découvrent une forme de jeu tellement différente qu’ils ont du mal. C’est trop dur. Je me souviens avoir eu Thiago Silva à Fluminense.
Il avait pour habitude de monter avec le ballon. Une fois à Milan, il le faisait une fois, pas deux. Un joueur est mature, physiquement et mentalement, vers 23 ans. Pas avant. 23 ans, c’est le bon âge. Avant il n’a pas l’expérience pour s’adapter à un autre style de football.

C’est quoi, aujourd’hui, « le jeu brésilien » ?
Il faut revenir à ce qu’il était. La qualité existe. A l’époque, il suffisait d’attendre que l’adversaire commette une erreur technique, puis tu en profitais. Elles ne viennent plus, alors il faut plus de possession de balle, retrouver un jeu collectif et créatif. Déjà, il faut plus utiliser le gardien, qu’il participe au jeu, comme le fait Neuer avec la Mannschaft. Tu élargis ta zone d’action.
A cette Coupe du monde, il n’y avait pas assez de dribbleurs dans la Seleção. Neymar est très bon, mais il était seul. Philippe Coutinho (Liverpool) en est un. Ce sont des joueurs capables de faire la différence sur un geste. Le bon joueur est celui qui fait le bon geste au bon moment. Tu penses qu’il va faire quelque chose, mais il fait tout autre chose. L’Allemagne n’a pas cela, c’est prévisible, fort mais prévisible. Tu peux les marquer, tu sais ce qu’ils vont faire.

Quels sont les remèdes que vous voyez ?
La CBF doit organiser une sorte de grand congrès. Il faut discuter de tout, de la sélection mais aussi de la base du football brésilien, l’ensemble de l’iceberg. On parle d’un possible sélectionneur étranger, moi je verrais bien un homme comme Tite (ex-Corinthians). Il a travaillé pendant un an, a pris du recul. Il a voyagé en Europe, appris. Mais j’aimerais surtout qu’on le prenne sur la durée. Au Brésil, on aurait renvoyé un Guardiola.
Il a tout gagné avec le Barça, il gagne le titre de champion avec le Bayern (Munich) mais on le garde après avoir perdu 0-4 face au Real (Madrid) en Ligue des champions (demi-finale). Au Brésil, pareille chose n’existe pas. Et puis, Tite a tout gagné (championnat, Copa Libertadores, championnatdu monde des clubs…). Il lui faut aussi un directeur technique et moi, ça me plairait. Je convoquerais alors tous les sélectionneurs des équipes de jeunes pour définir un style de jeu. Qu’il y ait une adhésion.
Je prendrais Tite, les présidents de club et, ensemble, on trouverait une solution. Il faut annuler la Loi Pelé, elle ne donne pas les moyens aux clubs de s’y retrouver dans la formation. Il faut obliger les joueurs à signer leurs premiers contrats avec leurs clubs formateurs. On investit, mais il n’y a souvent aucun retour. Après, il faut construire une base de jeunes pour la Copa América 2015, les Jeux (Rio-2016) puis le Mondial (Russie-2018).

 
 

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