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Rio n’a même pas pleuré

Pour les Cariocas, cette Seleção n'est plus la leur
Action Images
En deux matchs, la Seleção a perdu deux fois (1-7 face à l’Allemagne en demi-finale, 0-3 contre les Pays-Bas dans la petite finale), enterré tout honneur et encaissé dix buts. Du jamais-vu. A Rio de Janeiro, le Brésilien de la rue a vécu ces moments avec douleur, détachement plus ou moins feinté.

A RIO.

Samedi, jour de match de la Seleção, le dernier de ce Mondial déjà raté. C’est celui pour retrouver un poil d’orgueil, de démarrer une éventuelle reconquête des cœurs. Pour autant, dans Rio l’engouement n’y est pas. L’effervescence des autres jours de match n’est pas là. Dans la rue, sur les terrasses, aux fenêtres, maillots et drapeaux à la gloire du Brésil sont mis en sérieuse concurrence avec ceux venus d’Argentine.

Pas simple, par les temps qui courent, de se revendiquer fier d’être Auriverde. Devant ce troquet, au sud de Rio, un seul supporteur s’affiche en Brésilien, avec la tunique jaune et un couvre-chef en forme de chope de bière. Les autres sont des touristes, et même quelques-uns, qui s’avèreront être Cariocas mais qui le cacheront le plus longtemps possible.

Le 0-1 arrive très vite, les cris d’horreur trahissent les cœurs en berne. Un Argentin soulage sa joie et applaudit. Lui est heureux. Etonnamment, tout autour la vie continue. D’habitude, quand l’équipe nationale se produit quelque part, et surtout en Coupe du monde, elle s’arrête ou au moins marque un sérieux coup de frein. Pas cette fois, plus cette fois. Les voitures sont nombreuses à circuler dans la rue, les passants font ce qu’ils ont à faire : ils passent.

On pourrait même croire au désintérêt. Ah non, un véhicule s’arrête, il veut savoir si Fred est aligné. Puis il s’en va, sourire aux lèvres d’apprendre que l’avant-centre qui n’avance ni ne centre est assis sur le banc. Il flotte dans l’air un parfum de désintérêt. Dès le premier but, des tables, déjà, se vident. D’autant que le 0-2 arrive bientôt. Plusieurs font un stop devant le téléviseur, zieute le score puis s’en vont, dépités, avec la tête qui hoche fort.

Une dame d’un certain âge interpelle : « C’en est où ? » Puis mouille ses yeux avant de filer. Le calice se boit jusqu’à la lie. Plusieurs maillots jaune et vert déambulent encore sur le trottoir, sans même s’appesantir devant le spectacle des joueurs portant la même tenue. Comme si les deux ne faisaient plus partie du même monde, d’une seule et même famille.
La fièvre est à l’encéphalogramme plat puis, soudain, Oscar s’empare du ballon, chaloupe d’un défenseur néerlandais à l’autre, tire. Les premières émotions positives surgissent, c’est qu’on y a cru à cette attaque désespérée. L’étincelle n’est pas morte, malgré les apparences.

La mi-temps d’achève et à côté, ça continue à bosser. Cette Seleção a réussi l’exploit de montrer à son peuple qu’il y a une vie à côté du football. Et cela en plein pays du football, justement. Une carriole est poussée dans la joie et la bonne humeur, sans se préoccuper de la télé. La désillusion apparaît forte et profonde. On ne veut plus voir ces joueurs.

Tout autour du troquet, pour ceux qui y sont encore, on ne trouve que des regards vides. Les paroles sont rares, la douleur ne se partage pas beaucoup, trop forte. Ces demoiselles tournent le dos aux images qui s’animent (oh, pas beaucoup) et papotent autour d’une bière et ce n’est même pas au sujet des joueurs du cru. La « chope sur la tête » hurle contre les siens, des mots qui n’ont rien de la douceur de la Cité merveilleuse et qu’il serait malsain de traduire.

Hulk rentre sur le terrain, un groupe de demoiselles hurle leur joie (le torse proéminent du joueur sans doute), ces messieurs pestent, se désolent. Un tee-shirt « Just do it » apparaît soudain bien ridicule, porté par un supporteur qui fait une tronche d’enterrement. Ce n’est plus Nike (équipementier officiel de la Seleção) qu’il glorifie ainsi, c’est la fin du monde qu’il semble annoncer.

Derrière, une jolie Carioca a passé sa mi-temps (elle n’est venue qu’à la seconde) debout, en face du téléviseur, mais elle n’a rien vu du match, trop occupée à expédier texto et fouiner sur sa page Facebook. Elle s’est déplacée pour cette petite finale (petite, c’est bien le mot) mais n’est pas allée au bout de sa démarche, à savoir la regarder. D’ailleurs, le 0-3 est là, le coup de sifflet final retentit. C’est terminé. Un taxi klaxonne et lève le bras. Il n’en peut plus, trop heureux que le calvaire se ferme.

On applaudit (mais quoi et qui donc ?), le mot « vergonha » (ça veut dire « honte ») revient souvent puis on rigole fort. On est en pleine ironie. « L’ironie n’enlève rien au pathétique, elle l’outre au contraire », nous disait Gustave Flaubert. « L’ironie est la pudeur de l’humanité », lui répondait Jules Renard. Non, aucun n’était là samedi à Rio, mais ils auraient apprécié ce langage du corps à cette occasion.

Aucune colère n’est à remarquer, le 1-7 puis ce 0-3 (même avec les deux premiers buts non valables, mais validés) ont réduit à rien toute révolte. Le Brésilien n’est pas un sanguin. « L’ironie n’est pas moins mordante que l’agressivité. » Là, c’est Christian Jacq qui l’affirmait et cela colle bien à ce qu’il se passe ici. La Coupe du monde est close pour l’équipe nationale et d’aucuns n’osent même pas se lever de table. Après tout, ne l’avait-on pas dit qu’elle irait jusqu’à la finale, le lendemain, dimanche ?

Les autres ont repris leur chemin, sans trop causer du côté des plus jeunes. Aux coins des rues, quelques anciens se retrouvent en petite comité et entament d’animés débats. Scolari en prend plein ses oreilles de Gaucho têtu. Beaucoup semblent à peine accuser le coup, comme s’ils n’étaient déjà plus avec leur Seleção, du moins pas celle-là.

 
 

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