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Après Brésil-Allemagne: il a plu sur Rio

Qui va consoler les supporters de la Seleção?
Action Images
Ce devait être jour de fête, jour de qualification pour la finale. Le match n’a pas commencé, l’horreur n’est pas encore dans les tripes et les têtes. On y croit, la ville s’est mise au rythme de la Coupe du monde. On s’habille de jaune ou de bleu, mais toujours avec l’écusson de la Seleçao cousu sur le cœur.

A RIO

Loin de Copacabana, avec ses installations officielles mises en place par la Fifa, le moindre troquet bouillonne. Avec quinze mètres carrés, on attire des dizaines de personnes, massées pour suivre cette demi-finale. Debout, assis, seul ou en groupe, on ne décolle pas l’œil du téléviseur. Parfois plus une simple boîte à images qu’un écran plat HD.

A une heure du coup d’envoi, les rues sont en effervescence. Chacun a enfilé son maillot, pas forcément le plus beau, celui qui a le plus fait dorer le soleil, mais le fétiche, qu’on a déjà testé sur d’autres rencontres. C’est une course contre la montre, il s’agit de ne pas manquer le début. Alors on court, on roule vite, on évacue le métro.

Ça rigole encore, ça sent la belle soirée passée entre copains. Sur cette petite place, en plein quartier de Leme, pas côté mer, côté terre. On chante l’hymne, on vient passer un bon moment. Cela va de quelques années (oh, cinq, pas plus) à quelques décennies et autant de cheveux blancs, avec un tiers du beau sexe, celui qu’on dit ne pas aimer le foot. Aucun n’a oublié de se vêtir de jaune, on a sorti les tables et l’on en rajoute encore.

Il y a là trois écrans au Botequim de la place Inhanga. Et on les dévore des yeux. Soudain, la rue se vide, seuls les « punis » circulent encore (quelques bus, tous vides), des taxis (vides aussi). Quelques retardataires se pressent pour prendre les dernières places. C’est parti. Et bien parti, la Seleçao est à l’attaque, on prie Klose d’aller se faire conter fleurette ailleurs.

Ça discute, ça rigole, l’ambiance est décontractée, la tension n’y est pas, les Auriverde ne peuvent pas perdre. Alors on est là pour partager un moment de fête. Puis il y a le 0-1 (17e). Silence. Les cris reviennent, crescendo, sur une montée rageuse de David Luiz. La pluie arrive sur Rio, et les buts déferlent à un autre bout du pays, à Belo Horizonte.

Il y en aura sept en tout, cinq en une mi-temps, trois en trois minutes, pour un score qui passe de 0-1 à 0-4 (29e). C’est l’horreur, les regards se figent, on cherche à comprendre, quitte à se filer un grand coup dans les fesses pour se réveiller. Le 0-5 arrive et la première période n’est pas bouclée. Des pleurs apparaissent, une demoiselle tente de parler mais n’y parvient pas : les sanglots guettent et l’en empêchent.

Le ciel de Rio est tout noir, une chape de plomb s’est abattue. Les rares à oser encore la ramener engueulent leur équipe, si tant est qu’elle soit encore la leur d’ailleurs. « T’es une merde », hurle celui-ci à l’adresse d’Oscar. A moins que ce soit Fred, ou bien… Enfin tous les joueurs. Il y a du ressentiment à faire sortir.

C’est la pause, les artères cariocas grouillent à nouveau, les supporteurs déferlent en flots continus en sens inverse. On préfère se rentrer au plus vite, s’éloigner de la zone aux cauchemars. Cela n’arrête plus, cela se passe sans un mot, regards vidés de toute substance. Là, devant, un grand gaillard s’est effondré sur une chaise, dos tourné à la télé, avec son spectacle impie. Sa demoiselle tente le câlin qui console, elle ne peut éviter les larmes du copain. C’est tout ce qu’il peut encore sortir de sa détresse.

L’autre mi-temps reprend, puisqu’il doit y en avoir une autre, malgré le 5-0 qui scelle la sortie nationale et le triomphe adverse. Quelques-uns restent sur place, abattus sur leur siège, incapables de quitter des images qui font de plus en plus mal. Le masochisme est poussé à l’extrême, on n’y pige rien, c’est de l’irréel alors on se pince le cœur pour y croire.

« C’est pas possible », hurle celle-ci ! Les commentaires ne sont pas flatteurs, il y a de la colère à évacuer contre les onze bonhommes qui sont en train de trahir la patrie. Cette sélection nationale, c’est l’ambassadrice préférée du peuple brésilien, fier de son pays, c’est celle qui, jusque-là, lui a tant flatté l’ego. Cette fois elle le lâche et on en veut, forcément.

Alors on se défoule. Soudain, on se souvient qu’on a un téléphone, on envoie des texto au loin pour partager ces moments de grande douleur. Comme s’il était possible de l’évacuer, comme si, ailleurs que devant cette télévision révélatrice du drame, il n’y avait pas ce 0-5 de grande honte. Quelques-uns ne regardent même plus, dépit trop fort. Les illusions sont enfouies, envolées, l’avalanche de buts est trop forte.

Tiens, le Brésil est à l’attaque, on ne réagit plus. Les places se vident. De retour de la plage de Copacabana, sur leur chemin (de croix), plusieurs s’arrêtent, zieutent le tableau d’affichage, en haut à droite. On réalise que c’est bien vrai, on se désespère. Pourtant on reste : à quoi partir, pour aller où ? Et faire quoi ? Comme si quelqu’un avait encore le cœur à passer à autre chose.

Alors on reste scotché, fasciné par ce cauchemar en marche. Une centaine de mètres plus loin, dans un boui-boui en angle de rue, les scènes sont les mêmes. On n’ose se regarder, on n’a pas trop envie de parler. Le petit a envie d’un sandwich, on le presse de le finir pour filer. D’aucuns se rentrent en traînant la savate, d’autres ont le pas tout en rage. L’entrée du métro est bouchée, trop de monde pour absorber trop de détresse en fuite.

Ah, au fait, la demi-finale n’est pas encore finie. La Seleçao attaque, mais c’est la Mannschaft qui marque encore (par deux fois). Cela tourne au tragi-comique. On ose rigoler, même de dépit. C’est trop gros pour être vrai, trop désespérant pour se désespérer. Alors, oui c’est vrai, on entend quelques chants d’autodérision, même quelques rires.

Paulinho, Oscar, voire Bernard, tous tentent encore de marquer. On vibre encore, l’âme pour le football n’est pas morte. Mais on se lamente de tant de ratés. « On veut un but ! », on l’attend quand même, comme s’il pouvait tout effacer. Quand il arrive (par Oscar), il n’y a même pas de réaction. On applaudit l’Allemagne, presque par dépit, parce qu’il faut bien faire quelque chose.

Le sifflet de l’arbitre sonne la fin, mais le calvaire est gravé. Dans les ruelles, quelques égarés restent prostrés, on les trouve dans des coins sombres, vidés, sans réaction, l’iris éteint, le cœur éteint. Les cafés ferment aussitôt, les serveurs en ont assez vu. Au Mineirao, Thiago Silva console Oscar, mais qui va bien pouvoir consoler ces enfants du ballon devenus de pauvres hères ? Pas cette équipe en tout cas.

 
 

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