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Avant Brésil–Colombie: le peuple aura leurs peaux !

Le Brésil jouera sa place pour les demi-finales vendredi face à la Colombie
Mowa Press
Cette Seleçao n’est pas belle. Et elle risque fort de quitter cette Coupe du monde avant l’heure, et sans même avoir donné l’impression d’y être rentrée. Paralysée par l’enjeu.

Organiser une Coupe du monde n’est pas un cadeau. Cela coûte cher, bien plus cher qu’annoncé, en plus cela ne garantit pas de grandes choses pour la sélection hôte. Surtout si elle est brésilienne. Son équipe nationale réussit mieux quand elle s’exhibe ailleurs.

Seule à s’être imposée en dehors de son continent (dès 1958 en Suède puis, la dernière fois, en 2002, entre Corée du Sud et Japon), elle n’est plus elle-même quand elle évolue à demeure. Le poids de tout un peuple, l’attente des ans, se fait si oppressant qu’elle s’empêche de jouer. Le football n’est d’ailleurs plus ici un jeu, c’est juste une obligation, celle de gagner.



Tout joueur de la Seleçao l’apprend vite : porter ce maillot suppose qu’il n’est plus permis de perdre. Une défaite et c’est la honte jetée sur toute une nation. Laquelle a grandi avec la réussite de ses joueurs de football. Depuis que le monde a son Mondial, cette sélection a toujours eu valeur d’ambassadrice.
On a d’abord voulu montrer que le pays s’inscrivait dans la modernité, puis qu’il n’avait plus à rougir de la comparaison avec les grands d’Europe, puis que le Brésilien avait quelque chose que les autres n’ont pas, enfin que le Brésil est l’égal des grands pays de ce monde. Bref, il y a toujours eu le poids de l’Histoire sur l’équipe nationale. Une importance politique.

Extérieure, mais aussi intérieure. En 1994, au moment du quatrième sacre planétaire, le Gouvernement choisit de lancer son plan real, une relance de l’économie qui s’accompagne d’un changement de monnaie. En octobre de cette année auront lieu les présidentielles.
Alors tout est lié. Alors pèse sur les épaules parfois frêles de ces joueurs quelque chose qui les dépasse. Et qui les bloque. D’autant que le moindre but contraire semble en mesure de déclencher une révolution, de renvoyer tous les contestataires dans la rue, avec les dérives inévitables quand on « encadre » les manifestations par l’armée.

Ce qu’il est demandé à ces footballeurs en jaune et vert dépasse tout. Et visiblement, c’est trop leur demander. Il n’y a qu’à les voir, yeux fermés et larmes à l’œil, quand ils n’éclatent pas en sanglots avec cet hymne national partagé a cappella par tout un stade.
C’est beau à voir, émouvant, cela remue les tripes et ne laisse personne insensible. Mais cela détruit ces athlètes-là. Au lieu de leur gonfler l’orgueil national, de leur transcender la couenne, cela leur coupe le sifflet. Combien évoluent jambes coupées, petits bras, étouffés par la peur de mal faire ? Tous, à part peut-être Neymar, voire Julio César, l’un des rares à avoir déjà connu une Coupe du monde ailleurs que devant la télé familiale.

Ces joueurs ne sont plus eux-mêmes, on ne les reconnaît pas depuis que le tournoi a démarré. Dani Alves est devenu mauvais, c’est à se demander pourquoi le Barça le titularise. Thiago Silva ? Nul, dépassé, pris de vitesse, pas dans son rôle de capitaine. A se demander comment il a fait pour dompter tant d’attaquants adverses, et pas parmi les plus maladroits.
De tels exemples, il y en a presque autant que de titulaires, et même de remplaçants. Encore un exemple ? Deux, même : Oscar et Ramires, si précieux dans l’organisation de Chelsea et qui, sur ce qu’ils présentent à cette Coupe, resteraient sur le banc, spectateurs, à regarder Mourinho s’engueuler avec un peu tout le monde.

Sont-ils devenus tous mauvais d’un coup de baguette magique ? Auraient-ils chopé un virus qui frappe d’inhibition ? Ou alors se sont-ils jurés de laisser une chance à l’adversaire en jouant tellement mal que n’importe qui apparaît en mesure de s’imposer face à la Seleçao.
En trois matchs de Coupe du monde (1962 à domicile, 1998, 2010), le Chili s’était toujours incliné contre le Brésil, cette fois il est passé tout prêt d’un succès historique et la partie n’en fut que plus belle question dramaturgie. Un scénariste n’aurait pu trouver mieux.
Un stade qui retient son souffle, des Auriverde qui n’osent plus jouer, qui ne savent d’ailleurs plus jouer et la rencontre ne se termine à leur avantage qu’à l’issue des tirs au but, alors que la partie semblait si bien engagée (1-0 à la 18e). Non, il a fallu que la Seleçao « offre » l’égalisation sur une grossière erreur, comme si Hulk ne savait plus doser une passe.

Ces messieurs se connaissent pour évoluer ensemble depuis des mois. Ils ne forment pas une équipe depuis la veille, et s’ils n’ont pas la bouteille de la Mannschaft, ils en possèdent assez pour avoir quelques automatismes, assez de combinaisons en réserve pour se sortir des verrous proposés.
Il est impossible que tout collectif se soit effacé en quelques jours, que cette équipe ne s’avère soudain plus capable d’aligner trois passes de suite et en soit réduite à renvoyer au gardien ou à balancer de longs ballons de l’arrière dans l’espoir (toujours vain jusqu’ici) que l’avant-centre en capte un.

Depuis tout minot, le Brésilien s’entend raconter les grandes heures et les grands malheurs de l’équipe nationale. Avec des points d’orgue (1958 la première levée, 1970 la plus belle), des cocus (1982 et 1986 sans titre au bout, malgré un football de haute volée) et ce drame qu’au pays nul ne peut ignorer, celui de 1950.
Le Brésil aurait dû accueillir la Coupe du monde dès 1942 si la guerre ne l’avait pas empêchée. Alors il reçut celle de 1950. Avec, déjà, l’obligation de gagner ce qu’en 1938, une bévue du sélectionneur a empêché en « oubliant » de retenir son meilleur élément, l’homme qui marque les buts, en l’occurrence Leonidâs, face à l’Italie en demie.



En 1950, donc, tout va bien sur tous les matchs, avec des victoires à plusieurs buts et une efficacité redoutable devant. Tout, jusqu’au dernier rendez-vous, face à l’Uruguay. Devant sans doute 200.000 personnes, un record pour le Maracana d’alors, l’équipe sombre (2-1). Déjà emportée par l’attente trop forte de tout un chacun, alors qu’elle est annoncée vainqueur avant même d’avoir joué.
L’événement date : 64 ans, ce n’est pas tout jeune, on a le temps d’avoir des trous de mémoire. Pas au Brésil, pas quand on cause football. C’est un pays où une jeune douanière sait de reconnaître le buteur maudit, l’Uruguayen du but assassin, celui du 2-1, quand il passe sous ses yeux, six décennies plus tard, alors qu’elle n’était pas même née le jour noir, alors que ses parents n’étaient probablement pas de ce monde, eux non plus.

C’est dire l’attente qui pèse sur cette équipe qui se présente aujourd’hui, tout ce temps après, alors que le pays où le football roi est de nouveau invité à organiser la compétition. Deux fois depuis 1930, c’est bien quand on est le Brésil, alors cela ne se loupe pas. Ah non, interdit.
D’autant que le peuple n’accepte qu’une chose, la victoire. Et rien d’autre.
Peu lui importe que ses garçons aient disputé la finale de 1998, elle l’a perdue (0-3). Alors elle est nulle, on l’oublie. La Seleçao se doit d’être championne, sinon rien. Et perdre en finale est pire que tout, parce qu’une finale « ça ne se joue pas, ça se gagne ». Troisième en 1978 ne pèse rien non plus.

Pour faire face à tout cela, Luiz Felipe Scolari a choisi de mettre ses meilleurs du moment, une bande de petits jeunes pétris de talent mais sans l’expérience des plus grandes compétitions, en l’occurrence sans Mondial dans les baskets.
Quatre ans plus tôt, Thiago Silva n’avait pas joué, juste regardé les autres. Dani Alves était remplaçant et l’équipe ne s’en portait pas plus mal. Seul Julio César était titulaire, c’est d’ailleurs lui qui planta l’équipe en quart de finale contre les Pays-Bas (1-2). Ah, il y a aussi Fred, il était du Mondial 2006, mais il n’y avait                joué que deux minutes (pour un but marqué !), contre l’Australie.

Il y manque un élément pour calmer tout ce monde quand la panique guette, une référence en mesure de remettre le trouillomètre à zéro, un Dunga gueulard pour recadrer les têtes en l’air (1994), un Didi pour redresser la maison (1958). Là, Oscar est éteint, Luiz Gustavo découvre à peine la Seleçao, Neymar reste un môme (même génial), Thiago Silva n’est plus « le monstre », il est juste monstrueux, dans le pire sens du terme.
Gagner à domicile n’est plus si simple. C’est bien plus compliqué au Brésil, où l’on attend de la sélection qu’elle panse les plaies de l’Histoire, calme les mécontents, soulage l’orgueil national démesuré. L’Allemagne (2006) et l’Italie (1990) ont aussi échoué.

Tout le monde n’a pas « la chance » de bénéficier d’une dictature pour s’offrir un titre tous frais pays, comme l’Italie (1934) et l’Argentine (1978) l’ont fait. L’exemple de 1998 est à ce point édifiant avec des Bleus qui peinent à atteindre la finale, bénéficient de petits miracles (but en or face au Paraguay, Thuram buteur d’un jour contre la Croatie) avant une finale parfaitement maîtrisée (face au Brésil) et conclue par 3-0.
Comme si bien jouer devant les siens était toujours plus rude. Et encore, il n’était pas attendu de la France de l’époque d’être championne du monde. Il n’y avait pas alors le même impératif qui écrase les Auriverde ce mois-ci. Avec un 13 juillet qui promet d’être morne si la Seleçao n’y est pas. On parlera peu le portugais si l’Allemagne y affronte l’Argentine ou les Pays-Bas. On y gueulera le portugais aux abords du stade pour se plaindre de ces milliards dépensés qui n’auront bénéficié qu’à une sélection venue.

Pauvres diables que ces footballeurs en culottes courtes à qui l’on demande la lune alors qu’ils se demandent de quoi demain sera fait, ont jusqu’à oublier comment cela se joue, le football. Et, en cas de défaite, savent très bien qu’on ne leur pardonnera rien.
Comme il ne fut rien pardonné à Barbosa, parce qu’il avait encaissé un but de trop en 1950. Ce qui valut à tout gardien noir d’être banni de sélection (jusqu’à Dida), ce qui valut à toute l’équipe depuis lors de changer de tunique (plus de blanc, par pitié, mais du jaune et du vert). La prochaine fois, si échec il y a, ce sera quoi ?
Serge Bastide

 
 

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