Nous sommes le 2 juillet 2010, le Brésil est éliminé par les Pays-Bas. Outre Dunga, la presse pointe un autre coupable tout désigné : Felipe Melo. Aujourd’hui, le temps est passé, mais Felipe Melo est toujours absent de la liste de Menezes et « persona non grata » au Brésil. Pourtant une série d’éléments laissent à penser que la question d’une nouvelle convocation d’un joueur, intouchable jusqu’en 2010, peut se poser.
Dans le football moderne, une grande victoire ne s’acquiert pas sans grand milieu défensif. Certes, ce n’est pas une vérité absolue puisque le Brésil a déjà perdu avec des joueurs comme Alemao. Toutefois, il est difficile de ne pas attribuer une part essentielle dans la victoire brésilienne à la doublette talentueuse et complémentaire Dunga –Mauro Silva ou encore au x Giberto Silva et ses jambes de 20 ans associé à l’étoile filante Kleberson (on pourrait ici ajouter l’immense Edmilson qui était à la fois milieu et troisième defenseur). Si l’on sort de la selecao, on constate à quel point le rôle de joueurs comme Deschamps, Pirlo et aujourd hui Xavi et busquets est fondamental dans la réussite de leurs équipes.
Parmi les milieux défensifs, il convient de prendre soin de discerner trois type de joueur : la pure tourelle devant sa défense qui joue presque comme stoppeur supplémentaire, le milieu relayeur qui doit savoir à la fois défendre et appuyer les attaques et enfin le numéro 10 reculé du type Xavi ou Pirlo plus organisateur que défenseur. Dans tous les cas, ce poste recommande une grande culture tactique, mais aussi une dose de malice comme nous le démontre chaque jour Van Bommel.
Jusqu’en 2010, le Brésil pensait tenir pour longtemps en Felipe Melo son numéro 8 quatre étoiles. Dunga a eu que de trop rares découvertes dans le vivier brésilien. Mais, comme par association d’idées, le sélectionneur a trouvé son joyau parmi les milieux défensifs.
Felipe Melo a eu une trajectoire, au moins au début, équilibrée. Il n’est pas passé directement du Brésil à un grand club. Il est passé de Flamengo à Cruzeiro en 2003, avant de partir en 2005 en Espagne ou il jouera pour les modestes clubs de Majorques et Santander avant de briller définitivement à Almeria en 2007.
Sollicité par le Barca et la Lazio, il optera au en 2008 pour la Fiorentina ou il connaitra une véritable apothéose. Outre son physique qui en fait une sorte de jumeau de Pépé, il démontrera de très belles qualités techniques et tactiques.
L’année 2009 était celle de Felipe Melo puisqu’auteur de ses plus brillantes performances, Il était recruté par la Juventus pour plus de 20 millions d’euros. Parallèlement, Dunga se décidait en janvier de le sélectionner pour la première fois face à l’Italie. Ce match, gagné 3 à 0 par la selecao avait vu Robinho briller, mais aussi faire découvrir le monstre au milieu de terrain qu’était Felipe Melo. En un match, Dunga en a fait un titulaire indiscutable en qualité de milieu relayeur gauche.
Le joueur a continué de briller cette année là, en continuant une progression qu’il s’est forgé lui même. Nul ne redoutait un effondrement en 2010. Il était une valeur sure. Les brésiliens comptaient sur lui malgré les critiques qui s’abattaient sur Dunga. Pour autant, nul ne pouvaient ignorer que ce joueur avait ses côtés violents , comme en témoigne son expulsion contre le Chili en septembre 2009 pour un coup de pieds façon karaté.
C’est en 2010 que le tableau va s’assombrir. Cette année de coupe du monde ne démarrait pas sous les meilleurs auspices puisque le joueur était auteur de prestations décevantes, à l’instar de son compatriote Diego. Lent, lourd et maladroit, il aura récolté les fruits de sa mauvaise saison en devenant le bidon d’or 2010. Outre ses performances, c’est son attitude qui est pointé. Ciro Ferrara, alors entraineur, dira de lui "Il a des qualités mais il doit apprendre à vivre et à jouer avec ses coéquipiers. Ce n'est pas une mauvaise personne mais il a une sorte d'arrogance qui peut énerver."
Ces difficultés devaient se confirmer à la coupe du monde 2010. Il est vrai, pour sa décharge, qu’il devait couvrir Michel bastos qui n’était pas vraiment un arrière gauche de métier et qu’il était blessé à la fin du premier tour. Cela n’explique pas pour autant des matchs décevants à l’occasion des matchs de poules , tout juste compensés par son duel de poids lourds assumé face à Pépé contre le Portugal.
La descente aux enfers devait trouver son aboutissement face aux pays Bas. Pendant 45 minutes, Felipe Melo était le héro d’une nation puisqu’il adressait une merveille de passe décisive à Robinho et tenait parfaitement Van Bommel. La suite est connue : un but contre son camps ou sa responsabilité se partage avec Julio Cesar, puis une expulsion suite à un acte de violence qui condamne tout un pays autant qu’il en ternit l’image. La presse se défoule contre lui et lui ne fait pas amende honorable comme a pu le faire Julio Cesar.
Dans ces conditions, il n’avait peut être plus grand-chose à attendre en 2011.
Pourtant, l’année 2011 va rappeler le grand joueur qu’il peut devenir. Auteur de performances plutôt correctes, voir particulièrement brillantes, notamment contre le Milan AC, Felipe Melo est revenu aux affaires. Certes, il n a pas été épargné par la faible saison de la Juventus. Cependant, il laisse bien loin de lui son bidon d’or. Cela n’empêche pas le bonhomme de faire parler encore de lui pour sa violence, comme en témoigne son agression sur Paci, le joueur de Parme, en Janvier 2011.
Aujourd’hui on voit Felipe Melo partir un peu partout. Le real Madrid se dit intéressé, puis il est question d’un échange avec Michel Bastos à Lyon. C’est peut être davantage à Arsenal, ou Wenger n’a jamais abandonné son intérêt pour le joueur, que se situerait son avenir, à moins qu’il reste encore à la Juventus qui vient d’embaucher Antonio Conte.
Son retour à un bon niveau peut poser la question d’une nouvelle sélection chez les auriverdes. Pour l’heure Menezes S’appuit sur Lucas Leiva, Sandro, Elias et Ramires. Il ne compte pas sur Felipe Melo et le convoquer peut être médiatiquement compliqué.
Cependant ces joueurs appelés ont tous connu de grandes difficultés cette année, même si cela s’est plutôt arrangé à la fin pour Lucas et Sandro. Certains cirent le banc de touche la plus part du temps ou on également fait parler d’eux pour leurs expulsions. Côté sélection, ils n’ont pas commis de graves erreurs mais il est difficile de relever, aux vues des prestations de l’équipe nationale, un vrai milieu défensif qui se dégagerait comme star indiscutable. Jucilei portait beaucoup d’espoir , mais il s’est isolé quelque part en Russie.
Felipe Melo peut apporter un plus sur le plan tactique, physique, voir technique, cependant, cela voudrait dire prendre le risque d’accepter son côté brutal façon « Tekken ».
L’opportunité de l’appeler demeure finalement un mystère. Selon les résultats en Copa America, Mano pourra y apporter sa réponse.


















